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Projet VIRALH-19 : Impact psychologique de la crise du covid-19 : le cas des directeurs d’hôpitaux français

Communication orale par HELOÏSE HALIDAY (Psy-Drepi/UB) ET FLORENT SCHEPENS (LASA/UBFC)
du projet VIRAHL19, financé par l’AAP TTP de la Fédération des MSH Bourgogne Franche-Comté.

https://www.youtube.com/watch?v=LzZCuq4RSnY&t=3s

Communication réalisée dans le cadre d’un séminaire organisé par des chercheurs de l’Université de Tours/projet INPEC-COVID19.

La pandémie de COVID-19 a mis l’hôpital public et ses professionnels, notamment soignants, à l’honneur. Si elle a donné lieu à de nombreux travaux sur la santé mentale des personnels de soins (Chirico et al., 2021; Di Tella et al., 2020; Greenberg et al., 2020; Santarone et al., 2020), l’une des catégories professionnelles pourtant essentielles de la gestion de crise, celle des directeurs d’hôpitaux, n’a pas fait l’objet de travaux de recherche durant la crise. Elle apparaît d’ailleurs peu étudiée, à l’exception de travaux en sociologie des administrations publiques (Schweyer, 2001, 2005, 2018). Il est cependant possible de concevoir la crise sanitaire comme un révélateur des problématiques spécifiques à ce corps, à partir desquelles penser des pistes d’action pour améliorer la santé mentale au travail de ces professionnels.
Cette communication restitue les résultats d’une recherche qualitative exploratoire financée par la MSH de Dijon (VIRALH-19), portant sur les corps de direction des hôpitaux publics (directeurs d’hôpitaux, directeurs d’établissements sanitaires sociaux et médicosociaux passés dans le corps des DH, directeurs des soins) conduite entre mars et juillet 2021. Menée dans deux régions et cinq établissements (3 CHU et 2 CH), celle-ci a donné lieu à 30 entretiens semi-directifs et 4 focus groups dont le matériel a fait l’objet d’une analyse thématique interdisciplinaire entre psychologie et sociologie.
Au niveau organisationnel, les résultats montrent que les directeurs ont été bousculés par un passage du travail classique « en silo » à un modèle nodal centré sur le soin apporté aux patients COVID, en fonction duquel l’importance relative des différentes directions s’est inversée au profit au profit des « petites » directions (en termes de prestige) : directions des soins, de la qualité et des ressources humaines. Il apparaît ensuite que le groupe des « directeurs d’hôpitaux », loin de correspondre à la définition d’un corps professionnel homogène, est traversé par de nombreuses lignes de fragmentation (CH/CHU, chefs/adjoints, parcours Universitaire/Sciences-Po) qui déterminent des identifications multiples chez ses membres, expliquant pour partie la difficulté à constituer des équipes grégaires et exemptes de tensions internes. Compte tenu de la charge mentale liée à leur activité, les directeurs d’hôpitaux pourraient être considérés comme des professionnels « esseulés » (au sens de Delony et al., 2017), et donc à risque en matière de santé mentale, notamment en période de crise. Au niveau psychologique, les discours des interviewés ont pointé une sensibilité à la notion de service et d’assistance au public, qui pourrait faire supposer, chez les membres des équipes de directions hospitalières, la survivance d’une « mystique hospitalière » (Rault-Doumax, 2005) basée sur le sens du sacrifice de soi pour le plus grand bien commun. Cette caractéristique les rapprocherait des soignants et permettrait donc des comparaisons entre professions hospitalières en matière d’attachement à l’hôpital public – notamment pour la prévention des conséquences psychologiques de type burnout lorsque cet attachement est attaqué.
Si nos hypothèses demandent à être confirmées compte tenu du caractère exploratoire de cette recherche, il semble que les dispositifs de groupe de parole destinés aux directeurs soient particulièrement pertinents pour leur accompagnement psychologique. Si ces dispositifs sont portés par leur Centre National de Gestion des carrières (CNG, 2020), nous proposerons à l’appui de nos focus groups que ceux-ci pourraient aussi se nourrir d’initiatives portées par des psychologues de type « supervision-action-recherche » (selon le terme de Benghozi, 2019).

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